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Canoe prow-board Tabuyo

Massim region, Trobriand islands, Papua New Guinea

19th to very early 20th Century

The best description made of Massim decorative canoe prow-boards, in the frame of the famous Kula trade cycles, is to be found, in my opinion, in "Argaunauts of the Western Pacific. An account of Native Enterprise and Adventure in the Archipelagoes of Malanesian New Guinea", by anthropologist Bronislaw Malinowski (London and Cracow, 1922). Malinowski, who closely followed Massim canoe-builders, explains that during the first stage of making a canoe "which generally take a long time, some two to six months, [...] the making of the prow-boards, the tabuya (our small prow board) and the lagim (the transversal prow-board - see illustrations) is accompanied by specific spells and rites". In particular, the "Kapitunena Duku Spell" used by the Massim canoe carver says: "I shall wave them back (i.e., prevent all other canoes from overtaking me) [...] the prow skims the waves ; the ornamental boars leap, like dolphins ; the tubayo breaks the waves ; the lagim breaks the waves [...]"

The author also recorded an extraordinary belief in connection to the carved human figure laying on our canoe board. Called guway  (as well as the semi-human effigy on the mast top - see in particular Hamson) it would "eat" the drowning men if not magically 'treated'. Specific long spells are hence recited over some ginger roots, on several occasions before sailing and during bad weather or shipwreck.

Upon close examination the reclining figure indeed seems ambivalent in nature, with a smile going half way up and half way down, and one arm on the chest and the other one on the belly (see photo taken from above)

The "plank" portion of our canoe board is also extremely important in Massim culture: It is an allusion to "the fish-hawk falling on its prey". That part depicts the idea that the canoe shall fall on the Kula valuables and carry them off. According to Malinowsky this may be "an attempt to assimilate the whole canoe and all its parts to a fish-hawk falling on its prey, through the special meditation of the ornamental prow-board". Indeed, that image is clearly depicted with multiple birds falling from the sky with an incredible sense of dynamism and movement.

That is to me the magic of Massim canoe art: With a few reading keys and explanations about symbols and colours, one can literally immerse him/her self into the Kula adventure and live that moment which André Breton famously described as "Oceanic art: the sky, the birds, the dreams"...

I was able to find another tabuyo with a reclining figure, but of a much lesser good quality, collected by Malinowsky in 1922 and now conserved at the British Museum (Oc,M.29), illustrated here. I also enclose a few field photos and drawings from Malinovski's book, but also from Ellis Silas, taken between 1921 and 1924 and now conserved at the British Museum (Oc,B109.39 ; Oc2006, Drg.621 and 646). The photo of the master carver working on a tabuyo was taken by Malinowski. He is called Molilakwa and lived in a place called Olivilevi.

To make it short (and it's not really my style as you know by now...) the present tabuyo is the best one I've ever seen in private hands. When it appeared at Cornette de Saint Cyr auction house in France I fall on it like the fish-hawk on its prey (all things relative, it made a "world record price" according to Artkhade database) and got it subsequently mounted on a "Japanese style" wood base by Romain Laforêt. I think I must have the Great Wave of Hokusai in mind at the time... but for sure I was under the spell of it. I now have the immense pleasure of offering it to honour the memory of Dr Harry Beran, the great Massim art specialist who died very recently.

The tabuyo is in excellent condition for its age and retains some good red, black and white natural pigments. I would date it from the late 19th century to early 20th.

 

H: 21 cm (8 1/3 inches) L: 40 cm (15 3/4 inches)

Price: 2800 Euros enquiry

Brise-lame de canoë Tabuyo

Région Massim, îles Trobriand, Papouasie-Nouvelle-Guinée

19ème à tout début du 20ème siècle

La meilleure description faite des brise-lames de canoë Massim, dans le cadre des cycles d'échanges Kula, se trouve à mon avi, dans "Argaunautes du Pacifique occidental. Un compte rendu de l'entreprise et de l'aventure autochtones dans les archipels de la Malaisie Nouvelle-Guinée", par l'anthropologue Bronislaw Malinowski (Londres et Cracovie, 1922).

 

Malinowski, qui a suivi de près les constructeurs de canoë Massim, explique que lors de la première étape de fabrication d'un canoë "qui prend généralement beaucoup de temps, environ deux à six mois, [...] la fabrication des "proues-planches", le tabuya (le présent objet, une planche de proue) et la lagim (la planche de proue transversale - voir illustrations) est accompagnée de paroles magiques et de rites spécifiques». En particulier, le "Kapitunena Duku Spell" prononcé par le sculpteur de canoë Massim [en même temps qu'il sculpte] dit ceci: "Je les saluerai (c'est-à-dire empêcher tous les autres canots de me dépasser) [...] la proue effleure les vagues; les défenses de sangliers sautent, comme les dauphins, le tubayo brise les vagues, le lagim brise les vagues [...] ".

 

L'auteur a également enregistré une croyance extraordinaire en relation avec la figure humaine allongée sur notre planche de canoë. Appelé guway (ainsi que l'effigie semi-humaine au sommet du mât - voir en particulier Hamson), il «mangerait» les noyés s'il n'était pas «traités» par la magie. Des épisodes longs et spécifiques sont ainsi récités sur certaines racines de gingembre, à plusieurs reprises avant la navigation et lors de mauvais temps ou de naufrage. Après un examen attentif, la silhouette allongée de notre objet semble en effet de nature ambivalente, avec un sourire à la fois joyeux et triste, ainsi qu'avec un bras sur la poitrine et l'autre sur le ventre (voir photo prise d'en haut)

 

La partie plate de notre planche de canoë est également extrêmement importante dans la culture Massim: c'est une allusion au "Balbuzard pêcheur [Pandion haliaetus] plongeant sur sa proie". Cette partie représente l'idée que le canoë plongera sur les objets de valeur Kula et les emportera. Selon Malinowsky, cela peut être "une tentative d'assimiler le canot entier et toutes ses parties à un faucon tombant sur sa proie, grâce à la méditation spéciale de la proue ornementale". En effet, cette image est clairement représentée avec plusieurs oiseaux tombant du ciel avec une incroyable sensation de dynamisme et de mouvement.

 

C'est pour moi la magie de l'art des canoë Massim: Avec quelques clés de lecture et des explications sur les symboles et les couleurs, on peut littéralement se plonger dans l'aventure Kula et vivre ce moment qu'André Breton décrit par "L'art océanien, c'est l'oiseau, le ciel, le rêve"...

 

J'ai pu trouver un autre tabuyo avec une figure couchée, mais de bien moindre qualité, recueilli par Malinowsky en 1922 et maintenant conservé au British Museum (Oc, M.29), illustré ici. Je joins également quelques photos de terrain et des dessins tirés du livre de Malinovski, mais aussi d'Ellis Silas, pris entre 1921 et 1924 et maintenant conservés au British Museum (Oc, B109.39; Oc2006, Drg.621 et 646). La photo du maître sculpteur travaillant sur un tabuyo a été prise par Malinowski. Il s'appelle Molilakwa et aurait vécu dans un endroit appelé Olivilevi.

 

Pour faire court (et c'est pas vraiment mon style comme vous le savez maintenant...) ce tabuyo est le meilleur que j'ai jamais vu en mains privées. Quand il est apparu à la maison de ventes Cornette de Saint Cyr en France je suis tombé dessus comme le faucon sur sa proie (toutes choses relatives il a fait un "prix record du monde" selon la base de donnée Artkhade) et je l'a fait monter par la suite sur un socle en bois de style japonais par Romain Laforêt. Je pense que je devais avoir la Grande Vague de Hokusai en tête à ce moment là... et j'étais sous le charme.

 

J'ai maintenant le grand plaisir de l'offrir pour honorer la mémoire du Dr Harry Beran, le grand spécialiste de l'art Massim décédé très récemment.

Le tabuyo est en excellent état pour son âge et conserve de bons pigments naturels rouges, noirs et blancs. Je le daterais de la fin du 19e au tout début du 20ème siècle

 

H: 21 cm L: 40 cm

Prix: 2800 Euros envoyer un email